Mal assis sur les sièges de seconde classe, j'ai regardé les paysages défiler sans y prèter attention. En réalité, ce n'est pas tout à fait exact, puisque je me souviens encore de cette couleur sans attrait qu'ils avaient. Une couleur de ciel gris, tellement avalé de nuages, qu'on ne les distingue plus du reste. Un ciel sans soleil, tellement gris qu'il en est blanc.
En face de moi, il y a cette fille au visage anguleux et fort qui écoute en boucle cette chanson extraite d'un vieux film que plus jeune j'avais aimé. J'entends presque distinctement les paroles. Par chance, je suis tombé sur un wagon mortuaire. Un de ceux où, durant les trois heures qui nous séparent de Paris, les voyageurs travailleront, liront, ou encore éviteront avec soin de croiser le regard des autres occupants. Dans une heure et vingt-trois minutes, la jeune fille éteindra enfin sa musique, se retournera vers la vitre, et s'endormira.









