Tu sais que je ne t'en veux pas. Que ce qui me sépare de toi à présent, ce n'est que mon honneur inattendu, assisté de ta colère. Ces mots-là, je les ai tant écrits qu'ils m'échappent à présent. Le quotidien de ta non-présence les a emporté avec le bulletin météorologique. Et à présent, même ton sommeil trahit le mien. Alors je retourne au temps qu'il fait. Mes mains se tordent et voyagent de verres en cigarettes et de mèches en couverts. Je les observe, mi-amusée, mi-effarée par cette capacité qu'elles ont à ne jamais se poser. Je n'ose les quitter des yeux pour tourner ma tête dans ta direction. Pourtant, je sens parfois ton regard, qui sitôt que le mien s'approche, s'enfuit, effrayé à l'idée de ce contact visuel. De toutes évidences, tu es gênée. Bonne idée d'avoir lissé mes cheveux. Mes doigts trouvent ainsi une nouvelle occupation plus glorieuse que l'observation d'une cuiller à soupe ou d'un verre de vodka vide. L'étude méticuleuse des cicatrices nouvellement contractées lors d'une fusion entre le bitume et mes phalanges m'occupe un moment. Je devine que tu es gênée. Peut-être autant que moi. Peut-être même plus. Car, chose que tu ignores encore, je sais depuis longtemps que je t'ai pardonné. J'imagine alors tes interrogations. Mais pas mes réponses, qui ne peuvent pas vraiment exister en dehors des instants où tu oses les questions. Je devrais me couper les ongles. Celui du majeur droit est ébréché. Je n'aime pas ça et toi non plus. Je les passe en revue un à un. Je ne m'ennuie pas. Tu es là. Je me demande si moi aussi. Regards fuyants, devinettes et météo. RAS.
