Je t'ai vu, mon amour.
Chasse aux papillons. Meurtres colorés au filet. Agrandir la collection. Rattrape-les avant que le ciel ne s'effondre, étouffant la lumière.
Je t'ai vu, mon amour, je t'ai vu. Grapillant ça et là les fourmis salutaires qui feraient de toi un homme. Je t'ai vu gagner ton souffle à force de me fuir et vomir des légendes à observer mon sommeil. Affronter des serrures et retomber avant, pour n'avoir à franchir aucune décision.
Je t'ai vu, mon amour, chercher en vain dans ces morts ridicules, des symboles vacillants, ébréchés, ou même agonisants, pour tenter de tromper les tâches café-crèmes semées par le bruit sourd des balanciers malades.
Je t'ai vu, mon amour, faire de nos fosses des tranchées. Et ton front contre le mien, je t'ai vu, mon amour, tenter de me poursuivre. Je t'ai vu nuque brisée et regards au sol, élever au ciel un drapeau souillé.
Je t'ai vu, mon amour, comme je ne t'aurais pas su. Acceptant les démences et allongeant ton corps. Je t'ai vu, mon amour, greffer à ma présence des prétextes invalides et espérer l'après comme une solution.
Je t'ai vu, mon amour. Et puis. Je n'ai pas pu.