Tu voudrais
Elle est à côté de toi. Assis à la fenêtre, tu fumes avec elle ta dernière cigarette, dont la fumée prolonge le ciel embué. Tes mains sont moites. Tu la touches presque. Tu badines. Tentes par tous les moyens de prolonger cet instant qui tu le sais marquera la fin de votre histoire inexistante. Tu en allumes une autre, prétextant ou plutôt bredouillant une excuse incompréhensible. Elle te regarde, moqueuse. Complicité erronée.
Tu tournes la tête vers son visage. Plus possible de bouger. Tu restes abruti par sa présence, et ton corps se refuse à t'accorder le moindre mouvement. Tu la regardes hébété, ne sachant que répondre, oubliant même que tu avais compris la question. Elle rit. Pose sa main sur toi, et fouille ton bras à la recherche d'un accord tacite. D'une raison perdue. Tu perds ce contrôle que tu cherchais à retrouver, ou à oublier, tu ne sais plus. Elle est devenue ta gravité. Ferme les yeux. Tu as peur. Qu'elle remarque. Ou qu'au contraire, elle ne remarque rien. Tu ne sais plus.
La voix résonne dans tes tympans. Chantante, aux accents de miel. Tu bloques ta respiration. Eviter à tes sens de n'être que le jouet. Elle rit rit de te voir ainsi, de voir ton visage bientôt mauve et tes yeux qui enflent. Tu laches. Et ses détails entrent en toi. Tu sens ton sexe qui s'oppose à toi, se dresse, suintant l'envie.
Je pense à la chaise. Tu lances ta cigarette sur les toits. « Lune... Qui là-haut s'allume... Sur... Les toits de Paris... »* Ta voix éclate. Ne pas parler. Ses sourcils se courbent. Elle pose sa main, inquiète, sur ton genou. Le froid, c'est à cause du froid. Tu sens ses mouvements qui te paralysent. Vie en parallèle. Inconnue. Intouchable. Inavouable. Tu t'apprète à passer à côté de ce qui aurait pu être.
Tu sens qu'elle va partir. Inéluctable succéssion des évènements, de ta faiblesse, de ta lâcheté. De la norme. Ils courront toujours plus vite que toi. Passif. Passif. Les coucous s'éteignent. Tu retournes à ta nuit stérile. Consensus obscur du bonheur falsifié, qui te plaque à un semblant de vie. Tu voudrais. Tu voudrais...
*pris chez Léa: http://leainthesky.skyblog.com[/a]