Elle te regarde sans savoir ce désir honteux, sans connaître cette vermine qui te déchire le ventre et éparpille ton sexe liquide. Elle te sourit sans comprendre que tes lèvres veulent bouffer les siennes, sans voir les vents qui parcourent ta peau. Elle te touche sans remarquer le trouble qui s'étire dans tes veines, sans croire à cette vie qu'elle fait apparaître en toi.
Elle vit. Blessures taquines qui démangent ton torse. Tu le connais pourtant l'aboutissement de tout cela. Mais ignorant le cancer, elle te regarde toujours et ses attentions bénines font de toi cette féraille d'antan.
Tu l'imagines à présent, ce corps plus jeune que le précédant, les seins menus et fermes, le ventre lisse et la peau tendue. Tu sens ses hanches qui se tordent et ses reins qui se brisent. Ses courtes boucles brunes qui gouttent dans son dos. Et ses mains, pleines de vie, qui dansent autour de ceux qu'elles approchent. Et ce corps svelte et souple aux formes rondes et anguleuses à la fois. Le palper, le goûter, emplir tous tes sens de cette jeunesse qui ne s'offrira jamais à toi, oublier qu'un jour, vos corps n'étaient que chair flasque et seule.
Et cette odeur qui ne te quitte plus, que tu lappes à petites bouffées pour l'entretenir. Odeur de fleur et de lait.
Mais les rêves ne sont que des rêves et n'existent plus s'ils cessent d'être des rêves. Tu la penses chaque seconde, elle, l'être, avec son inconnu, ses chutes et ses montagnes, un instant à saisir, à aimer, à baiser. Et s'emplir d'elle jusqu'à en éclater, jusqu'à ne plus savoir qui tu es. Te perdre dans ses cheveux, entre ses doigts, sur ses seins.
Fleur et lait. Tu la penses...





